Thursday, December 20, 2018

01 - Tuléar


Encore un voyage qui s’est organisé à la dernière minute, ce qui veut dire qu’il n’est pas du tout organisé et encore moins planifié.

Après mon périple de trois mois en Afrique de l’Est, terminé au mois de septembre dernier, mon intention première était de réaliser mon prochain voyage de façon plus relaxe. Alors quoi de mieux qu’une croisière, justement le genre de voyage auquel je ne suis pas habitué et où l’idée de ne rien avoir à m’occuper me paraissait séduisante. De plus, j’adore voyager en bateau. Mais je m’y suis pris trop tard. Les deux croisières au départ de La Réunion pendant mes trois semaines de vacances de fin d’année affichaient complet.

Non pas un paquebot échoué mais un hôtel de luxe
Je me suis donc rabattu sur les billets d’avion de dernière minute. Heureux hasard, Air Austral commençait justement une campagne de promotion pour deux destinations que la compagnie s’apprêtait à ouvrir vers Madagascar : Tuléar et Fort Dauphin. Deux endroits où je n’étais jamais allé. Le prix était le même. J’ai tiré à pile ou face.

Tuléar, ou Toliara en malgache, est surnommée à juste titre « la porte du désert ». J’en ai eu un étouffant et écrasant aperçu en débarquant de l’avion en début d’après-midi. Dans le taxi qui m’amenait vers le centre-ville, j’ai aussi rapidement compris pourquoi les commerces étaient presque tous fermés. Il fait trop chaud pour circuler à pied, et la plupart des habitants et des commerçants font donc la sieste jusque vers 15 h.

La ville est envahie de cyclopousses. Je n’en ai jamais vu autant, même à Antsirabé surnommée la ville des poussepousses. Les conducteurs sont en majorités originaires du grand sud, et de l’ethnie mahafaly pour la plupart. La sécheresse, qui sévit dans le Sud depuis déjà quelques années, est particulièrement sévère chez les Mahafaly ou la famine sévit. Ils migrent vers le Nord et les villes de Tuléar et Fort Dauphin pour se louer à des salaires de misère auprès des commerçants karanes d’origine indo-pakistanaise et souvent de nationalité française. C’est au sein de cette riche communauté que se font régulièrement des enlèvements de ses membres qui sont relâchés en échange de fortes rançons. Tout ça pour dire que les problèmes de sécurités sont devenus un des enjeux de la campagne présidentielle dont le second tour s’est déroulé deux jours après mon arrivée.

J’ai préféré me mettre au vert pour cette journée et j’ai loué une moto pour aller me promener jusqu’à Saint-Augustin. Je me suis arrêté en chemin pour visiter l’arboretum d’Antsokay créé par un Suisse en 1980 et qui s’étend sur près de quatre hectares. C’est un véritable musée de la flore de la forêt sèche qui prédomine dans le Sud. Ce conservatoire botanique regroupe environ 900 espèces végétales, dont 90 % sont endémiques. J’étais seul et le guide était un expert de cette riche biodiversité. Il l’était encore davantage de la politique malgache, et il a passé plus de temps à m’expliquer les enjeux complexes de la campagne présidentielle que sur les explications scientifiques de la visite de l’arboretum de plus d’une heure.

La piste qui mène à Saint-Augustin est plus propice aux 4x4 et motos tout-terrain qu’à la petite moto de 110 cc conçue pour la ville que j’avais louée. Le paysage est là aussi très désertique. Le tropique du Capricorne passe à quelques kilomètres au nord du village dont la population est formée pour l’essentiel de pêcheurs vezo. L’endroit a été marqué par le passage de nombreux navires pirates et négriers du 17e siècle au début du 19e, les mêmes qui fréquentaient La Réunion à la même époque.

De retour à Tuléar, je me promettais bien de dessécher mon gosier d’une bonne bière bien fraiche. Manque de chance, et jour d’élection oblige, un embargo sur la vente d’alcool avait été décrété par le gouvernement. Je me suis rabattu sur du jus de fruits et suis retourné au même restaurant que la veille pour déguster à nouveau un steak de zébu.

Mangrove de Honko
Un vazaha (étranger en malgache) que j’avais rencontré le lendemain de mon arrivée m’avait suggéré d’aller passer quelques jours à Mahafaty, un village situé à une trentaine de kilomètres au nord de Tuléar. Avant de faire le déplacement avec armes et bagages, j’ai préféré aller y faire une petite reconnaissance. La route qui y mène est en bien meilleure était que celle que j’avais prise la veille pour aller à Saint-Augustin, mais traverse les mêmes paysages désertiques. Là encore, je me suis arrêté en chemin pour visiter une mangrove réhabilitée par un Belge en 2007.

Les mangroves sont des éléments essentiels à la préservation de la biodiversité. Elles constituent des stabilisateurs efficaces pour les zones côtières fragiles, et contribuent à la protection écologique des écosystèmes après les cyclones et face aux effets du dérèglement climatique. Malheureusement, ici comme dans beaucoup d’autres régions sur la planète, la dégradation rapide des mangroves est devenue préoccupante.

Ici, les villageois l’avaient détruite en grande partie, car ils utilisent le bois de palétuvier (l’espèce la plus notable d’une mangrove) comme bois de chauffage. L’ONG que ce Belge a créée travaille donc en partenariat avec les populations locales pour promouvoir le bienfait de la mangrove, de planter du bois de chauffage alternatif et de développer des projets de pisciculture et d’écotourisme.

Baie de Saint-Augustin
Mon guide, qui m’avait vu passer quand j’ai traversé le village, m’a rejoint quelques minutes après mon arrivée sur le site. En plus d’être guide, il est également le président de l’association locale partenaire de l’ONG. Il avait un peu moins de connaissances que celui de la veille, mais j’étais également moins disposé à être bombardé d’informations. Ces silences prolongés, alors que nous parcourions la mangrove en compagnie de son chien qui chassait les libellules et les crabes, ne m’ont aucunement dérangé. Bien au contraire.

Je n’ai pas été très impressionné par le village de Mangily. Comme beaucoup de semblables que j’ai vus ailleurs, c’est un lieu de rendez-vous du tourisme de masse avec ces quelques petits avantages et ces nombreux inconvénients. Je déciderai plus tard si j’y passe quelques jours, pour notamment y faire de la plongée.



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