Thursday, December 27, 2018

04 - Nosy Ve



Il existe une petite île en face d’Anakao du nom de Nosy Ve ; une petite île dont le nom ne doit pas être confondu avec celui de Nosy Be, une île à l’extrême nord de Madagascar. Cette dernière, mondialement connue, constitue une destination touristique populaire. Ce n’est pas encore le cas de Nosy Ve.

Des trafiquants d’esclaves, des commerçants arabes et des pirates ont séjourné sur cette île pendant des siècles. À la fin du 19e, la France y délégua son Résident, car un roi local refusait de signer avec le commandant de la marine française une réglementation de la traire d’esclaves. Il est encore possible d’apercevoir des vestiges de ces nombreux passages, avec entre autres les bassins de collecte d’eau de pluie de la Résidence française. En effet, l’île ne dispose d’aucune source et rend toute présence permanente difficile.

Ce récif corallien brulé par le soleil, d’environ 4,5 km de long et 1,8 de large, est également surnommé « l’île aux oiseaux » avec comme particularité d’abriter une colonie d’oiseaux endémiques, notamment constitués de « paille-en-queue » dont la queue est composée de deux plûmes fines et rouge. On peut observer les nidifications à même le sable sous les buissons.

J’ai loué une pirogue à voile pour aller y passer quelques heures et y déjeuner. Le piroguier et son collègue m’ont embarqué de bonne heure le matin juste devant l’hôtel et nous avons accosté sur l’île moins d’une heure plus tard. La voile a été descendue sur le rivage pour servir d’abri et provisoirement de nappe pour le repas que ces deux pêcheurs vezo ont préparé pendant que je partais explorer l’île de long en large.

À mon retour, le repas était prêt. Il était composé d’un mérou grillé, de deux poissons plus petits cuits dans un délicieux bouillon ; le tout accompagné de riz blanc. Nous sommes rentrés après une petite sieste et j’ai pu de nouveau être admiratif de la façon dont ces pêcheurs vezo manient leurs pirogues à voiles.

Les Vezos sont parfois appelés les « nomades de la mer ». Ils occupaient autrefois toute la côte ouest de Madagascar et vivaient essentiellement de la pêche. Ils partaient très loin de leurs villages et bivouaquaient dans les dunes en utilisant la voile carrée de leurs pirogues à balancier comme toile de tente. Un Vezo sans pirogue ne peut rien faire... dit le proverbe malgache : « Vezo nenga-daka, tsy misy raha vitany ». Aujourd’hui ils sont principalement localisés autour de la ville de Tuléar. Largement sédentarisés, ils ne s’aventurent plus aussi souvent en mer pendant plusieurs jours.

La connaissance des vents et des courants est comme innée chez eux. J’en ai eu un bon exemple le jour de Noël. Quelques touristes français débarqués sur la plage en matinée essayaient avec beaucoup de difficultés de faire décoller un cerf-volant. Des enfants vezo insistaient pour essayer. J’ai entendu un des touristes craindre qu’ils ne cassent l’engin. Mais après plusieurs essais infructueux, ils ont fini par leur passer les commandes. Le cerf-volant ne s’est plus posé pendant près d’une heure. Ils se le passaient de l’un à l’autre en faisant des pirouettes avec les deux poignées de direction. Ils le tenaient suspendu à quelques centimètres du sol, puis le renvoyaient à la verticale vers le ciel avant de le faire redescendre et raser les vagues et le sable. Magique !

J’ai parlé avec un Vezo qui m’a dit que son père était militaire dans l’armée française et qu’il avait fait la guerre d’Algérie. Après l’indépendance, il avait eu la possibilité d’intégrer la nouvelle armée malgache et de monter en grade. Mais il avait préféré démissionner en bénéficiant d’un petit pécule qui lui avait permis de construire une petite maison que son fils ainé continuait d’habiter. Il avait pu également toucher une petite retraite de l’armée française qui avait permis à toute sa famille de vivre confortablement.


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