Il existe une petite île en face d’Anakao du nom de
Nosy Ve ; une petite île dont le nom ne doit pas être confondu avec celui de
Nosy Be, une île à l’extrême nord de Madagascar. Cette dernière, mondialement
connue, constitue une destination touristique populaire. Ce n’est pas encore le
cas de Nosy Ve.
Des trafiquants d’esclaves, des commerçants arabes et
des pirates ont séjourné sur cette île pendant des siècles. À la fin du 19e,
la France y délégua son Résident, car un roi local refusait de signer avec le
commandant de la marine française une réglementation de la traire d’esclaves. Il
est encore possible d’apercevoir des vestiges de ces nombreux passages, avec
entre autres les bassins de collecte d’eau de pluie de la Résidence française.
En effet, l’île ne dispose d’aucune source et rend toute présence permanente
difficile.
Ce récif corallien brulé par le soleil, d’environ 4,5 km
de long et 1,8 de large, est également surnommé « l’île aux oiseaux » avec
comme particularité d’abriter une colonie d’oiseaux endémiques, notamment
constitués de « paille-en-queue » dont la queue est composée de deux plûmes
fines et rouge. On peut observer les nidifications à même le sable sous les
buissons.
J’ai loué une pirogue à voile pour aller y passer
quelques heures et y déjeuner. Le piroguier et son collègue m’ont embarqué de
bonne heure le matin juste devant l’hôtel et nous avons accosté sur l’île moins
d’une heure plus tard. La voile a été descendue sur le rivage pour servir
d’abri et provisoirement de nappe pour le repas que ces deux pêcheurs vezo ont préparé pendant que je partais
explorer l’île de long en large.
À mon retour, le repas était prêt. Il était composé
d’un mérou grillé, de deux poissons plus petits cuits dans un délicieux
bouillon ; le tout accompagné de riz blanc. Nous sommes rentrés après une
petite sieste et j’ai pu de nouveau être admiratif de la façon dont ces
pêcheurs vezo manient leurs pirogues
à voiles.
Les Vezos
sont parfois appelés les « nomades de la mer ». Ils occupaient autrefois toute
la côte ouest de Madagascar et vivaient essentiellement de la pêche. Ils
partaient très loin de leurs villages et bivouaquaient dans les dunes en
utilisant la voile carrée de leurs pirogues à balancier comme toile de tente. Un
Vezo sans pirogue ne peut rien
faire... dit le proverbe malgache : « Vezo
nenga-daka, tsy misy raha vitany ». Aujourd’hui ils sont principalement localisés
autour de la ville de Tuléar. Largement sédentarisés, ils ne s’aventurent plus
aussi souvent en mer pendant plusieurs jours.
La connaissance des vents et des courants est comme innée
chez eux. J’en ai eu un bon exemple le jour de Noël. Quelques touristes
français débarqués sur la plage en matinée essayaient avec beaucoup de
difficultés de faire décoller un cerf-volant. Des enfants vezo insistaient pour essayer. J’ai entendu un des touristes craindre
qu’ils ne cassent l’engin. Mais après plusieurs essais infructueux, ils ont
fini par leur passer les commandes. Le cerf-volant ne s’est plus posé pendant
près d’une heure. Ils se le passaient de l’un à l’autre en faisant des
pirouettes avec les deux poignées de direction. Ils le tenaient suspendu à
quelques centimètres du sol, puis le renvoyaient à la verticale vers le ciel
avant de le faire redescendre et raser les vagues et le sable. Magique !
J’ai parlé avec un Vezo
qui m’a dit que son père était militaire dans l’armée française et qu’il avait
fait la guerre d’Algérie. Après l’indépendance, il avait eu la possibilité
d’intégrer la nouvelle armée malgache et de monter en grade. Mais il avait
préféré démissionner en bénéficiant d’un petit pécule qui lui avait permis de
construire une petite maison que son fils ainé continuait d’habiter. Il avait
pu également toucher une petite retraite de l’armée française qui avait permis
à toute sa famille de vivre confortablement.





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