Surnommé le « Colorado malgache », le Parc national de
l’Isalo est le plus grand parc de la partie sud de Madagascar. C’est le site
touristique le plus plébiscité des touristes à travers la Grande île ; et ils y
sont nombreux, même en cette saison qui est la saison morte pour Mada. Ce parc
se situe entre Tuléar et Fianarantsoa, au nord de la N7.
C’est un massif rocheux naturel avec un relief très
particulier qui n’est pas sans rappeler le grand Ouest américain. L’Isalo alterne
paysages désertiques et canyons verdoyants. On y dénombre plus d’une centaine d’espèces
médicinales et de bois de construction pour les meubles et travaux artisanaux. On
y trouve également une faune bien spécifique de la région, mais aussi de
nombreux lémuriens. Le parc compte également de nombreuses espèces d’oiseaux
dont 70 % sont endémiques comme le merle de roche de Benson qu’on ne
trouve que dans l’Isalo.
Jocelyn est guide depuis une demi-douzaine d’années et
c’est lui qui m’a guidé pendant deux jours dans ce parc. Avant de commencer sa
formation, il a d’abord dû résider pendant trois ans dans le village de Ranohira
près du parc. En plus de suivre des cours de botanique, de langue, de
secourisme et d’orientation, il a dû apprendre sur le terrain en travaillant
comme porteur, cuisinier et pisteur auprès de guides plus anciens. Finalement,
après avoir passé son examen, il a obtenu son badge de guide officiel. Cinq
longues années de sacrifices récompensées par un salaire nettement au-dessus de
la moyenne nationale.
Jocelyn est issu de l’ethnie bara, l’ethnie majoritaire de cette partie de Madagascar qui a la
triste réputation d’être ces fameux voleurs de zébus (appelés Dahalo) qui défraient régulièrement la
chronique des faits divers de la Grande Île.
– C’est un
honneur pour un Bara, m’a expliqué
Jocelyn, de voler des zébus. Il peut ainsi devenir riche pour pouvoir se marier.
Mais ce ne sont pas tous les Bara qui sont voleurs de zébus, bien que presque tous les voleurs
de zébus soient majoritairement Bara
et Antandroy. Le problème revêt une
grande importance, car un zébu coûte près d’une année de salaire à un paysan. Au
cours des cinq dernières années, cette violence organisée, transformée au cours
des ans en grand banditisme, s’est soldée par trois mille victimes parmi les Dahalo, mille chez des villageois et une
centaine dans les forces de l’ordre. Les routes ne sont plus sures dans le Sud
et les taxis-brousse évitent de circuler la nuit.
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| Phasmes s'accouplant. La femelle est au centre et le mâle à gauche. |
Pour essayer d’adoucir cette triste réputation de son
ethnie, Jocelyn m’a néanmoins expliqué qu’il existait deux sortes de Bara : les « Bara civilisés », dont il est très fier de faire partie, et les « Bara sauvages » parmi lesquelles on
retrouve les voleurs de zébus. La différence entre les deux ? Très simple selon
Jocelyn. Les premiers sont allés à l’école et vivent dans des centres urbains,
comme ici dans le village de Ranohira. Quant aux
autres, ils sont analphabètes et vivent dans des villages isolés au milieu de
la brousse.
– Est-ce
que tous les Bara sauvages veulent
devenir civilisés, ai-je demandé à Jocelyn ?
– Bien
sûr, m’a-t-il répondu, ainsi ils peuvent aller à l’école et être moins bêtes.
Les Bara
pratiquent également la polygamie et peuvent épouser jusqu’à cinq femmes. J’ai
demandé à Jocelyn, pourquoi les Bara
pratiquaient la polygamie alors qu’ils s’étaient presque tous convertis au
christianisme qui, contrairement à l’islam, ne reconnait pas la polygamie.
– Ça
dépend, m’a-t-il répondu. Si tu es riche et civilisé, tu peux être polygame.
Ah bon !
Nous sommes partis à 6 h 30 pour un circuit
d’un peu moins de vingt kilomètres. Je n’avais pas d’autre choix que de prendre
un guide. C’est obligatoire pour visiter les parcs à Madagascar en plus de
devoir payer le prix d’entrée d’environ 15 € (alors qu’il n’est que de 0,50 €
pour les Malgaches). C’est le double pour le guide. Tout ça sur une base
quotidienne. Je comptais partir deux ou trois jours de rando dans le parc. Il
aurait fallu que j’ajoute la location du matériel de camping, la nourriture, avec
l’obligation d’engager un porteur et un cuisinier. J’ai réduit mes ambitions à
une journée. Je suis quand même allé la veille faire une petite balade dans un
parc privé en après-midi, toujours en compagnie de Jocelyn, pour un prix négocié
nettement plus avantageux.
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| Sépulture bara |
Au cours de notre rando, Jocelyn m’a signalé plusieurs
endroits dans les rochers où les Bara
enterrent leurs morts, comme l’avaient fait les Sakalava avant d’être chassés de la région par les Bara. Les Malgaches vouent un grand
respect à leurs ancêtres, considérés comme des demi-dieux dotés de sagesse et
de pouvoirs, et beaucoup pratiquent encore la coutume du retournement des morts
(famadihana). Cette tradition a été
autorisée à se poursuivre après que l’Isalo soit devenu parc national en 1962.
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| Cigale |
Les Bara
enterrent le défunt d’abord dans une grotte peu élevée qu’ils murent par un
amas de pierres. Quelques années plus tard (généralement de 3 à 5 ans), et en
fonction aussi de leurs moyens financiers, ils procèdent à l’exhumation du mort
et renouvellent son linceul. Puis ils placent la dépouille cette fois dans une
grotte plus élevée, moins accessible et la murent définitivement.
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| Boa fouillant un nid |
J’ai pu éviter le coût du transport aller-retour
jusqu’au parc que l’on m’avait pourtant fortement conseillé. La distance est de
moins de cinq kilomètres pour atteindre le parc. Jocelyn aurait préféré y aller
en voiture. Il m’a tellement fatigué sur le chemin du retour pour prendre une
voiture pour rentrer que je lui ai gentiment conseillé de me laisser rentrer
seul. Il a un peu hésité à cause de sa responsabilité au cas où je me perdrais,
mais je lui ai expliqué que j’avais l’habitude de randonner seul et que je
n’aurais aucun souci pour trouver mon chemin. Il m’a donc quitté après le piquenique
que nous avons pris à l’intérieur du parc.
J’ai pu tranquillement rentrer seul à travers la
campagne en traversant un village à moitié endormi où les enfants sont accourus
pour venir me saluer. J’ai surpris leurs mères un peu plus loin en traversant
la rivière dans laquelle certaines étaient affairer à la lessive alors que
d’autres faisaient leur toilette.
























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